Interview de la Brasserie de Bastogne

Fin décembre 2008 à Belleau, minuscule hameau de l’Ardenne belge, des effluves de malt en pleine ébullition envahissent la campagne environnante, échappées d’un bâtiment tout neuf. La Brasserie de Bastogne prend réellement vie avec son premier brassin de Trouffette.


 

 

1. Catherine Minne, bonjour. Avant toute chose, laissez-moi vous remercier pour cette interview que vous accordez à Beer-Trader, la première de ce jeune blog. Et jeune, votre brasserie l’est également d’ailleurs, son début d’activité à proprement parler datant de cette fin d’année 2008. Mais le projet est plus ancien, et à sa base il y a votre mari Philippe Minne, vous, ainsi que Philippe Meurisse, agriculteur à Belleau. Racontez-nous votre parcours et ce qui vous a poussé à lancer ce projet.

Catherine Minne : Notre petite entreprise est le fruit d’une passion commune pour la bière. Philippe, avec son esprit pratique et rigoureux d’ingénieur, a testé pas moins de 50 recettes différentes (à échelle de notre garage restons modeste !), petit à petit il a appris l’alchimie et les secrets de la bière. L’autre Philippe, ami de longue date, a suivi ces expériences de près, ensemble nous avons visité de nombreuses brasseries et de fil en aiguille le projet de créer notre entreprise  sur les terres de Philippe  s’est concrétisé : occasion pour Philippe Meurisse de diversifier ses activités d’agriculteur.

 

2. Votre brasserie est située en province du Luxembourg. Vos voisins brassicoles immédiats sont Achouffe, Rulles, Orval, la Brasserie Fantôme, celle de Bouillon, … Beaucoup de monde dans un espace finalement assez restreint. Pas trop peur de venir se frotter à ces concurrents réputés ?

C. M. : C’est vrai que la province de Luxembourg, comme partout en Belgique  ,a vu l’émergence de pas mal de petites brasseries ( je ne parle pas d Orval bien sûr)Cela me paraît un juste retour à la tradition de diversité brassicole de notre petit pays pour échapper à la standardisation du goût instillée par de grands groupes. Dans ce cadre je ne parlerais pas de concurrence mais de complémentarité pour préserver des « bières de caractère »

 

3. On sait que la part des exportations ne cesse de croître au sein de la production brassicole belge, c’est probablement ce qui stimule le secteur actuellement, alors que la consommation nationale baisse d’année en année. Comment pensez-vous vous positionner ? Des ambitions internationales déjà ?

 

3bis. Si la mode de la bière belge à l’étranger retombe et qu’il faut en revenir essentiellement au marché domestique, les nouvelles petites brasseries comme la Brasserie de Bastogne sont elles capables de se faire une place ?

C. M. : Dans un marché en baisse les bières spéciales, elles, se maintiennent plutôt bien. Plus il y en aura mieux ce sera pour la renommée du secteur. C’est vrai que les activités à l’exportation ont le vent en poupe et retiennent notre attention mais, notre activité n’en est qu’à ses débuts et nous nous attachons au marché local en priorité.

 

4. Si l’activité à la Brasserie de Bastogne est toute récente, votre bière la Trouffette est en revanche disponible depuis plus longtemps. Et c’est à Rulles qu’elle était produite jusqu’à ce que vous soyez opérationnels. La recette restera-t-elle identique ? Et si oui, n’avez-vous malgré tout pas peur d’un changement de résultat, maintenant que les brassins ont lieu dans vos installations ?

C. M. : Il y a toujours des craintes mais limitées : la recette avait déjà été testée avant démontage !

 

5. Et des brassins, parlons-en. Comment se déroulent-ils ? Votre équipement était celle de la brasserie de Rulles justement, avant sa récente augmentation de capacité, et est donc rodé.

C. M. : Les premiers brassins sont positifs, les quelques modifications et améliorations apportées au matériel donnent satisfaction à Philippe. Il y a bien eu un souci au niveau de la filtration lors du premier brassin et des ajustements on été nécessaires mais dans l’ensemble, ça fonctionne bien

 

6. L’unique bière actuellement de la Brasserie de Bastogne est la Trouffette. De quoi se composera la gamme dans un futur plus ou moins proche ?

C. M. : Gamme classique dans un premier temps : blonde, brune, ambrée, Xmas. La Brune sera brassée dans quelques jours. Quand ces recettes seront au point on pourra décliner en bières de saison, la tradition des bières « rouges » est à redécouvrir par exemple.

 

7. La disponibilité de la Trouffette est actuellement très locale. Cela va-t-il changer à l’avenir ? Où les amateurs auront-ils le plus de chance de pouvoir déguster  votre bière ?

C. M. : Le marché local est primordial mais des contacts doivent effectivement être poursuivis pour toucher d autres régions.

 

8. Dernière question, plus personnelle. Comment des passionnés, une fois passés de l’autre côté de la barrière, voient-ils le monde professionnel de la bière ? Durant votre jusqu’ici jeune parcours dans ce monde, avez-vous parfois douté voire regretté cette aventure?

C. M. : Pour le moment ça se passe plutôt bien, il y a une simplicité de contacts et une solidarité entre « petits » brasseurs qui ne sont pas avares de bons plans et de conseils. Les regrets ne sont pas encore au rendez vous-même si à chaque stade du projet des difficultés imprévues se présentent à chaque fois. Des doutes ? Oui bien sûr mais un questionnement permanent est plutôt positif pour continuer à s améliorer !

 

Catherine Minne, merci encore de votre participation et de vos réponses, en espérant que les lecteurs du blog auront pu découvrir la Brasserie de Bastogne, la dernière née des brasseries belges et auront la chance de savourer sa production.

 

Adresse de la page officielle (site plus complet à venir) : 

http://www.brasseriedebastogne.be